Pallu, promu, quitte le 171e

La tenue au feu de ses troupes vaut au Colonel Pallu d’être promu Commandant de la Brigade de Belfort.

Au moment de quitter son « cher 171e », il fait la déclaration suivante, recopiée à la date du 2 novembre dans le Journal de marche :

« Je salue respectueusement le drapeau du 171e que j’ai reçu des mains du Président de la République et que j’ai eu l’honneur d’accompagner le premier au feu (…) en même temps que le baiser que je mets sur ses couleurs, j’envoie une cordiale accolade à tous mes compagnons d’armes (…)

Brigade active de Belfort : en Avant, toujours !

Mon beau 171e tout mon cœur avec toi !

Mon salut aux absents qui sont tombés dans les combats pour la patrie. »

Voilà pour le lyrisme.

Pour la suite, pendant toute la première quinzaine de novembre, s’installe la triste routine de la tenue des tranchées .

Pour chaque jour deux lignes :

Sur la première la mention « sans changement »

Sur la deuxième, les pertes : chaque jour quelques tués ou blessés

(par exemple le 6 novembre, 1 tué, 3 blessés)

On relève cependant le 11 novembre, « des conversations surveillées avec l’ennemi », qui seront d’ailleurs interdites dès le lendemain.

Au Bois d’Ailly les tranchées des deux camps étaient si proches qu’il était possible aux Français de parler aux Allemands, qui en l’occurrence étaient des Bavarois, réputés plus fréquentables que les Prussiens. Les rapprochements qui auraient pu risquer de provoquer des fraternisations étaient bien sûr formellement interdits par la hiérarchie militaire.

Annexes: le miracle de la Marne

La photo de la médaille allemande vendant la peau de l’ours en célébrant l’entrée de troupes à Paris est tirée de l’ouvrage « Vie et Mort des Français, 1914-1918″ déjà cité. J’ai beaucoup utilisé ce livre pour rédiger cet article sur la bataille de la Marne, de même que l’autre ouvrage lui aussi déjà cité « 1914, la grande illusion » par Jean-Yves Le Naour.

Résumer en une page la bataille de la Marne ne fut pas chose facile et j’espère y être arrivée sans raconter trop de bêtises!

Si c’était le cas j’en demande pardon à mes lecteurs et accepte par avance qu’ils émettent des critiques…

Le miracle de la Marne

 

medaille

A la fin du mois d’aôut 1914 l’Armée française est en très mauvaise posture. En Allemagne l’opinion est surchauffée et l’entrée à Paris (qui a déjà fait l’objet de frappe de médailles !) ne paraît plus être qu’une question de jours. Mais comme le remarque lucidement  von Falkenheyn, Ministre de la guerre du Reich : « ce n’est pas une bataille gagnée, c’est une retraite méthodique des Français ». Il faut donc avancer pour confirmer ces premiers succès et c’est ce que font les troupes de von Kluck à la vitesse soutenue de 30 à 40 km par jour.

Le Général Gallieni qui vient d’être nommé gouverneur militaire de la place de Paris demande à Joffre trois corps d’armée pour pouvoir défendre la capitale. Celui-ci fait la sourde oreille, préférant garder tous ses moyens pour sa grande controffensive qu’il prévoit… vers le 7 septembre, sur la Seine, laissant ainsi la ville hautement symbolique à la merci des Allemands. Il aimerait même qu’elle soit déclarée « ville ouverte »; le Gouvernement a d’ailleurs été prié d’évacuer à Bordeaux. Gallieni, soutenu par les élus parisiens de toutes tendances politiques, insiste et s’apprête à défendre Paris par tous les moyens : « J’ai reçu le mandat de défendre Paris contre l’envahisseur. Ce mandat, je le remplirai jusqu’au bout . » proclame-t-il sur les murs de la ville.

C’est alors que le 3 septembre au soir, des aviateurs et des cavaliers informent les autorités (le GQG et Gallieni) que la 1ere armée de von Kluck infléchit sa marche vers le sud-est et semble négliger Paris. Gallieni semble avoir le premier pris la mesure de cette grave erreur de l’adversaire et obtient de Joffre de pouvoir envoyer la 6e armée de Maunoury sur le flanc de von Kluck, au nord de Meaux. Joffre par ailleurs, et malgré l’avis de certains de ses conseillers, décide de ramener sa controffensive sur la Marne et de l’avancer du 7 au 6. Il ira également, le 5 septembre, taper littéralement du poing sur la table au QG du britannique French pour obtenir son aide dans la grande bataille qui se prépare : «L’honneur de l’Angleterre est en jeu, Monsieur le Maréchal ! ».

L’affrontement  – qui impliqua deux millions d’hommes – fut terrible sur tous les points d’un front de plus de 200 km de large: les généraux Castelnau à Nancy et Sarrail à Verdun défendirent leurs positions avec la dernière énergie. Quant à Foch, en Champagne il dut lui aussi à sa pugnacité, frôlant l’inconscience, de ne pas céder du terrain dans les marais de Saint Gond. Sur la Marne, les Allemands tiennent bon mais n’en peuvent plus. Von Kluck leur envoie des renforts et ce faisant crée un trou béant devant les Anglais qui se hâtent avec lenteur pour rejoindre le front (ils mettront trois jours pour parcourir 20km !). La 6e armée de Maunoury est à bout de ressources (malgré les renforts anecdotiques des fameux « taxis ! » que Gallieni avait eu l’idée de réquisitionner pour amener des troupes sur le front) et ne peut plus qu’essayer de tenir. Heureusement le Général Bülow doit céder devant les Anglais qui passent enfin la Marne et les Français reprennent Château-Thierry ; von Kluck doit lâcher prise. C’en est fait du rêve de victoire rapide, les Français et leurs alliés ont bel et bien arrêté la progression de l’armée allemande… et Paris est sauvée !

Les milieux catholiques ont les premiers parlé du « Miracle de la Marne » et ce terme s’est progressivement imposé, perdant son sens religieux, pour qualifier l’extraordinaire sursaut des Français. Car, comme l’a écrit von Kluck dans un ouvrage destiné à le disculper : « Que des hommes ayant reculé pendant dix jours, que des hommes à demi morts de fatigue puissent reprendre le fusil et attaquer au son du clairon, c’est une possibilité dont il n’a jamais été question dans nos écoles de guerre. »